vendredi 3 septembre 2010

Un programme scolaire sur les religions du monde et une nouvelle définition de « l'instruction »

Cambridge (Massachusetts) - Comment les Etats-Unis vont-ils garantir, pour les générations futures, une compréhension pluriconfessionnelle, une tolérance plurielle et une cohésion sociale forte entre tous ses citoyens de différentes religions ?

La réponse est simple, radicale, urgente et nécessaire : il faut intégrer un cours de religions du monde dans le programme scolaire des établissements secondaires et des écoles supérieures. L'enseignement de ce cours devrait être obligatoire, au même titre que les mathématiques, la science, l'anglais et les sciences humaines.

Dans notre société, une personne dite instruite ne l'est pas réellement si elle n'a pas quelques notions élémentaires sur l'islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme et l'hindouisme. Nous devons rétablir les critères qui définissent ce qu'est une personne « instruite » au 21ème siècle ; cette redéfinition commence par l'école.

Environ 83 pourcent des Américains s'identifient à une religion précise - 78 pourcent se considèrent chrétiens et les 5 pour cent restants sont ceux qui se disent juifs, bouddhistes, musulmans et autres. Actuellement, surtout en ces temps de crise et d'hostilité envers la religion musulmane, les Américains doivent fournir un effort supplémentaire au-delà des représentations superficielles de la religion et entrer volontairement dans le dialogue positif et dans la discussion.

Rien ne vaut l'engagement.

Dans un pays doté de 70 pourcent de la population mondiale - autrement dit de 4, 8 milliards d'habitants se rattachant à une religion précise, apprendre à connaître « l'autre » n'est pas facultatif mais obligatoire, surtout quand on veut poursuivre les idéaux américains et bâtir des passerelles de tolérance entres les nations. Cette connaissance de l'autre fait complètement partie de l'échafaudage de sociétés respectueuses et stables - au niveau national et à l'étranger. Si les Etats-Unis souhaitent continuer à servir d'exemple dans le domaine du pluralisme religieux, ils doivent procéder à un changement radical dans leur système éducatif.

« Quels sont les critères qui définissent une personne instruite aujourd'hui ? Ces critères incluent-ils le fait d'avoir des notions élémentaires sur le monde [musulman] ? Si ce n'est pas le cas, il faut peut-être rectifier cela », avait affirmé son Altesse l'Aga Khan, guide spirituel de tous les musulmans chiites ismaéliens du monde, sur la chaîne National Public Radio. Dans le monde d'aujourd'hui, qui se mondialise continuellement, le contenu de notre système éducatif doit refléter les sociétés locales, régionales, nationales et internationales dans lesquelles nous vivons.

Le système doit aussi nous doter des connaissances nécessaires pour éviter les conflits dus à une mauvaise compréhension de l'histoire, de la culture et de la religion des uns et des autres ; il doit cimenter nos structures sociales, pour qu'elles soient fondées sur un discours intelligent et sur un engagement volontaire, et non pas sur une connaissance superficielle ou une ignorance délibérée - qui, nous le savons, peuvent avoir des conséquences désastreuses.

Imaginez un monde où l'on inculquerait des notions élémentaires sur les grandes religions à tous les étudiants inscrits dans un établissement secondaire ou supérieur des Etats-Unis - ce qui représente plus de 40 millions de personnes. On approfondirait les notions d'histoire, de traditions, de pratiques et de croyances au fil des années d'études. Imaginez ce cycle se perpétuant année après année, après année.

Les résultats seraient extraordinaires : des millions et des millions de bâtisseurs de passerelles en guise d'ambassadeurs de la tolérance et de la compréhension vis-à-vis des autres religions dans leur propre famille, au travail, dans leur communauté et enfin au sein de la nation. Mais ce changement générationnel dans l'éducation, solution à long terme, ne va pas résoudre les problèmes immédiats.

Comme les médias donnent le ton tous les jours en lâchant un pit-bull contre un autre et en débattant des questions d'islam et de politique, de culture et de tradition, selon un schéma très catégorique, c'est finalement la mauvaise perception, la haine et la crainte de la plus haute autorité qui l'emportent sur le dialogue raisonnable et rationnel. Ce faisant, ils ne rendent pas service au public américain et nourrissent au contraire cette intolérance qu'ils cherchent prétendument à vaincre. Les médias sont complices de la mise en danger des concitoyens américains en les exposant à un avenir fait de conflits internes d'ordre religieux - conflits qui coûteront encore davantage de vies américaines.

Dans l'immédiat, il faudrait que de plus en plus de musulmans américains - des imams, des érudits ou de simples fidèles - s'adressent à leurs voisins, à leurs amis, aux communautés qu'ils côtoient pour leur présenter leurs pratiques religieuses et leurs croyances. Nous ne sommes pas une entité monolithique, la pensée et la pratique islamiques ont de multiples facettes.

L'engagement est à deux sens ; les musulmans doivent aussi faire preuve de bonne volonté et tendre la main vers l'autre, pour que le dialogue puisse porter ses fruits. J'appelle justement mes frères et sœurs musulmans à tendre la main et je demande à tous ceux qui se trouvent à l'autre bout de cette main de bien vouloir l'accepter et la tenir.

Eduquons-nous les uns les autres.

###

* Rahim Kanani poursuit un second master, à la Harvard Divinity School, en religion, éthique et politique. Il se spécialise dans les études islamiques et les mesures de sécurité internationales. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l'autorisation de l'auteur.

Source : Huffington Post, 10 août 2010, www.huffingtonpost.com
Reproduction autorisée.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire